Saint Mathurin : le prêtre que le démon aurait lui-même réclamé
Une princesse possédée, un empereur impuissant et un exorciste venu de Gaule.
1er novembre — Antiquité chrétienne
Summarium latinum : Sanctus Maturinus, presbyter Galliae secundum traditionem, filiam Maximiani imperatoris a daemone liberavisse narratur. Post mortem eius, corpus Liricantum translatum esse dicitur. Cultus eius medio aevo maxime floruit, quamvis narrationes de vita ipsius certitudine historica careant.
Le démon qui dénonça son vainqueur
À Rome, sous le règne de l'empereur Maximien, une princesse nommée Théodora serait tombée sous l'emprise d'un démon. Les médecins et les spécialistes des pratiques magiques ne parvenaient pas à la délivrer. Mais, selon la légende, l'esprit mauvais prononça lui-même le nom de celui qui pourrait le chasser : Mathurin, un jeune prêtre vivant en Gaule.
Des émissaires impériaux partirent alors chercher cet inconnu dans le village de Larchant, près de l'actuelle forêt de Fontainebleau. Mathurin accepta de les suivre jusqu'à Rome. Il y aurait guéri plusieurs malades avant de délivrer la princesse par ses prières.
Le récit possède un caractère particulièrement singulier : ce n'est pas l'empereur qui découvre l'exorciste, mais le démon qui révèle le nom de son futur vainqueur !
Une vie transmise par la légende
La tradition situe la naissance de Mathurin au IIIe siècle. Son père, Marin, aurait persécuté les chrétiens avant que son fils ne découvre la foi et ne devienne prêtre à vingt ans.
Mais les historiens doivent rester prudents. Le culte de Mathurin n'est clairement attesté qu'au IXe siècle, dans le martyrologe d'Usuard. Le récit détaillé de sa vie apparaît dans un manuscrit du Xe siècle, soit plusieurs siècles après les événements supposés.
L'exorcisme de Théodora est donc une tradition hagiographique, non un événement historiquement démontré.
Le cadavre qui exigeait son retour
La légende poursuit l'histoire après la guérison de la princesse. Mathurin serait mort à Rome un 1er novembre, après avoir demandé que son corps soit ramené dans son village natal.
La promesse aurait été oubliée. Alors, selon une version du récit, son corps serait mystérieusement remonté de terre, obligeant les autorités impériales à respecter ses dernières volontés.
Ses reliques auraient finalement été transportées à Larchant, où son tombeau devint un lieu de guérisons et de pèlerinage.
Au Moyen Âge, Larchant fut l'un des sanctuaires importants du royaume de France. Les pèlerins y invoquaient notamment Mathurin contre les troubles attribués à la possession démoniaque et contre certaines affections mentales.
Entre maladie et possession
Ce dernier aspect rappelle combien les conceptions de la maladie ont évolué. Au Moyen Âge, certaines manifestations de troubles psychiques pouvaient recevoir une interprétation surnaturelle.
Il serait cependant incorrect d'assimiler aujourd'hui les maladies mentales à une possession. L'existence de tels récits témoigne surtout des représentations religieuses et médicales de leur époque.
Des enseignes de pèlerinage médiévales, dont un exemplaire conservé au musée des Beaux-Arts d'Angers, représentent encore l'exorcisme de Théodora.
Pour conclure
Nous ignorons si Mathurin a réellement rencontré un empereur romain. Mais son culte, son sanctuaire et l'influence de sa légende sont bien documentés.
L'histoire du démon qui révéla lui-même le nom de son vainqueur demeure l'une des plus étonnantes du merveilleux chrétien français.
Pour aller plus loin
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Sources
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