Saint Charles Borromée : la balle qui aurait refusé de le tuer
Un assassin tire dans une chapelle ; le cardinal achève tranquillement sa prière.
4 novembre — XVIe siècle
Summarium latinum : Sanctus Carolus Borromaeus, archiepiscopus Mediolanensis, anno MDLXIX a viro armato necandus temptatus est. Globus plumbeus eum percussisse fertur, sed vulnus mortiferum non intulit. Servatio eius miraculum a fidelibus habita est. Sanctus die tertio Novembris MDLXXXIV obiit.
Un coup de feu pendant les prières
Le 26 octobre 1569, dans la chapelle du palais archiépiscopal de Milan, le cardinal Charles Borromée préside les prières du soir. Soudain, un homme s'approche et tire sur lui avec une arquebuse, à quelques mètres seulement de sa victime.
L'archevêque est frappé dans le dos. Les assistants s'affolent, persuadés qu'il vient d'être mortellement blessé.
Mais, selon ses premiers biographes, Charles demeure à genoux et demande simplement que la prière continue. Après l'office, on découvre que les projectiles ont marqué ses vêtements sans provoquer de blessure grave.
La nouvelle se répand rapidement dans Milan. Les fidèles y voient une intervention providentielle.
Pourquoi voulait-on tuer un cardinal ?
L'attentat n'est pas l'œuvre d'un ennemi extérieur au christianisme. Il est organisé par plusieurs membres de l'ordre religieux des Humiliés.
Charles Borromée, grand artisan de la réforme catholique après le concile de Trente, souhaite imposer une discipline plus rigoureuse aux communautés religieuses de son diocèse. Certains responsables des Humiliés refusent de renoncer à leurs privilèges.
Un religieux, Jérôme Donato, surnommé Farina, est chargé d'assassiner l'archevêque.
L'entreprise échoue. Les responsables sont finalement arrêtés et condamnés, malgré les démarches de Charles pour obtenir leur grâce. L'ordre des Humiliés sera supprimé par le pape Pie V en 1571.
Miracle ou extraordinaire survie ?
L'attentat appartient bien à l'histoire. Il est mentionné dans les anciennes biographies de Charles Borromée et étudié par les historiens de la Réforme catholique.
En revanche, le caractère surnaturel de sa survie relève d'une interprétation religieuse.
Les récits diffèrent légèrement sur la trajectoire des projectiles et sur les marques laissées sur son corps. Il est donc impossible d'établir qu'une balle aurait miraculeusement perdu toute capacité de pénétration.
Pour les contemporains, toutefois, l'événement paraissait si improbable qu'ils le considérèrent comme une protection divine.
Celui qui affronta ensuite la peste
Sept ans après l'attentat, Milan fut frappée par une grave épidémie en 1576-1577.
Charles Borromée visita les malades, organisa des secours et participa à des processions pénitentielles. Il consacra une grande partie de ses ressources à l'assistance de la population.
Il mourut le 3 novembre 1584, à quarante-six ans. Sa fête liturgique est célébrée le lendemain, 4 novembre. Il fut canonisé en 1610.
Pour conclure
Le cardinal qui échappa à une tentative d'assassinat ne rechercha pas la vengeance. Son existence resta marquée par les réformes, la prière et le secours apporté aux malades.
Le plus extraordinaire n'est peut-être pas seulement qu'il ait survécu au coup de feu, mais qu'il ait ensuite poursuivi son œuvre sans renoncer à ses convictions.
Pour aller plus loin
Saint Wolfgang : le diable aurait construit son église — Mystica Insolita.
Sources
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