Sainte Teresa de Calcutta, peut-on croire quand on ne sent plus Dieu ?

  


La foi disparaît-elle lorsque toute consolation s’éteint ?




Samedi 5 septembre 2026, XXIIe semaine du Temps ordinaire, année paire

Saint du jour : sainte Teresa de Calcutta, vierge, morte le 5 septembre 1997 et inscrite ce jour comme mémoire facultative au calendrier liturgique.



Résumé en latin ecclésiastique

Sancta Teresia Calcuttensis, Missionariarum Caritatis fundatrix, Christum in pauperibus, aegrotis et derelictis servivit. Quamvis per multos annos gravem obscuritatem interiorem experiretur, vocationi suae fidelis permansit. Vita eius ostendit fidem non solum consolatione sensibili niti, sed etiam libera perseverantia, spe et caritate.


Les lectures du jour

  • Première lecture : 1 Co 4, 6b-15, Paul évoque la faim, la soif, le dénuement et le mépris endurés par les Apôtres.

  • Psaume : Ps 144, « Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent ».

  • Évangile : Lc 6, 1-5, Jésus défend ses disciples affamés et se révèle maître du sabbat.

Lire les textes complets sur l’AELF


Une sainte officiellement fêtée le 5 septembre

Agnes Gonxha Bojaxhiu naît à Skopje le 26 août 1910 dans une famille albanaise. À dix-huit ans, elle rejoint les Sœurs de Lorette et part pour l’Inde.

Le 10 septembre 1946, au cours d’un voyage en train vers Darjeeling, elle reçoit ce qu’elle appellera « l’appel dans l’appel ». Elle comprend qu’elle doit quitter la sécurité de son couvent pour servir le Christ parmi les plus pauvres.

Les Missionnaires de la Charité sont officiellement établies en 1950. Mère Teresa soigne les malades, recueille les mourants et ouvre des maisons dans de nombreux pays. Elle reçoit le prix Nobel de la paix en 1979.

Elle meurt à Calcutta le 5 septembre 1997. Canonisée par le pape François en 2016, elle est liturgiquement fêtée le jour anniversaire de sa mort. Pour 2026, l’AELF confirme sa mémoire facultative le samedi 5 septembre.


La révélation d’une longue obscurité

Après sa mort, la publication de lettres adressées à ses accompagnateurs spirituels révéla une réalité inattendue. Pendant une grande partie de sa mission, Mère Teresa éprouva un profond sentiment d’absence de Dieu.

Elle continuait à prier, à servir et à parler de l’amour divin, mais ne ressentait presque plus la consolation qui avait marqué les premières années de sa vocation. Elle appelait cette expérience « les ténèbres ».

Cette découverte provoqua des interprétations opposées. Pour certains, ces lettres prouvaient qu’elle ne croyait plus. Pour d’autres, elles manifestaient une sainteté encore plus héroïque.

La réalité demande davantage de précision.


Croire n’est pas toujours ressentir

La foi comporte une intelligence, une volonté, une confiance et une relation. Elle peut être accompagnée de joie, de paix ou de consolation, mais elle ne se confond pas avec ces sensations.

Une personne peut ressentir fortement la présence de Dieu sans que cette émotion garantisse la vérité de toutes ses convictions. Inversement, une personne peut traverser une période de sécheresse sans avoir consciemment rejeté Dieu.

Mère Teresa ne nia pas publiquement le Credo et ne renonça pas à sa vocation. Elle continua à agir selon la parole qu’elle pensait avoir reçue. Son sentiment d’abandon coexistait avec une fidélité quotidienne.

Sa vie ne démontre pas rationnellement l’existence de Dieu. Elle montre cependant qu’une absence de sensation religieuse ne suffit pas à démontrer l’absence de foi.


Était-ce une nuit mystique ou une souffrance psychologique ?

Il serait imprudent de poser rétrospectivement un diagnostic médical à partir de quelques lettres spirituelles. Une souffrance psychologique et une épreuve religieuse peuvent parfois se croiser sans être identiques.

La tradition chrétienne connaît la sécheresse de la prière. Le Catéchisme la décrit comme un temps où le cœur ne trouve plus de goût dans les pensées ou les sentiments spirituels. Le pape François a rappelé que cette sécheresse peut devenir le lieu d’une foi dépouillée.

Cela ne signifie pas que toute détresse doive être spiritualisée. Une souffrance psychique peut nécessiter une aide médicale ou thérapeutique. La foi ne remplace pas le soin.

Dans le cas de Mère Teresa, le plus honnête est donc de reconnaître simultanément la profondeur de sa souffrance, la difficulté de l’interpréter et la constance de son engagement.


Fidélité ou hypocrisie ?

Comment pouvait-elle parler de la lumière de Dieu alors qu’elle se sentait intérieurement dans l’obscurité ?

L’hypocrisie consiste à feindre une vertu pour tromper et obtenir un avantage. Or Mère Teresa confiait sa détresse à ses directeurs spirituels et ne semble pas avoir utilisé ce secret pour se mettre en valeur.

Elle transmettait moins une émotion personnelle qu’une promesse à laquelle elle voulait demeurer fidèle. Sa parole publique ne disait pas : « Je ressens toujours Dieu. » Elle disait plutôt : « Le pauvre doit être aimé. »

La cohérence de sa foi se trouve alors dans l’action. Elle ne pouvait pas donner aux autres une consolation qu’elle ne ressentait plus, mais elle pouvait encore leur donner une présence, un soin et une dignité.


La faim avant le règlement

L’Évangile du jour montre les disciples arrachant des épis parce qu’ils ont faim. Jésus refuse qu’une interprétation rigide du sabbat fasse oublier leur besoin élémentaire.

Mère Teresa plaça elle aussi la personne concrète au centre. Avant les systèmes et les discours, il y avait un malade à soigner, un mourant à accompagner ou un enfant à nourrir.

Cette priorité ne dispense pas d’examiner lucidement les méthodes d’une œuvre humaine. Elle rappelle simplement que la vérité chrétienne ne peut être séparée de la charité vécue.


Note culturelle

Le 5 septembre est également la Journée internationale de la charité, instituée par l’Organisation des Nations unies en mémoire de la mort de Mère Teresa.

Une fête liturgique catholique est ainsi devenue le repère d’une journée civile internationale consacrée à l’entraide et à la lutte contre la pauvreté.


Prière à sainte Teresa de Calcutta

Sainte Teresa de Calcutta,
toi qui servis la lumière
alors que ton âme traversait la nuit,
soutiens ceux qui ne ressentent plus la présence de Dieu.

Apprends-nous à ne pas confondre
la foi avec l’émotion,
l’espérance avec l’optimisme
et la charité avec les belles paroles.

Donne-nous de reconnaître le Christ
dans les personnes seules, malades ou abandonnées.

Amen.


Pour aller plus loin


Sources

  • AELF, calendrier liturgique et lectures du 5 septembre 2026.

  • Vatican News, « Sainte Mère Teresa de Calcutta ».

  • Mother Teresa Center, biographie officielle.

  • Catéchisme de l’Église catholique, paragraphes 164 et 2731.


Commentaires

La foi peut-elle demeurer vivante lorsque la présence de Dieu n’est plus ressentie ? La fidélité dans l’obscurité vous paraît-elle plus fragile ou plus forte ?


Abonnement

Pour poursuivre chaque jour le dialogue entre foi, raison, histoire et questions contemporaines, abonnez-vous à Credo.



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

🌲 Oyand de Condat Le saint qui parlait à la forêt

Les Sept Dormants d’Éphèse, les jeunes gens qui se réveillèrent deux siècles plus tard

Saint Fiacre, l’ermite dont la pierre gardait l’empreinte