Saint Moïse : peut-on être saint avant le Christ ?

L’Ancienne Alliance portait déjà l’espérance du salut.




Vendredi 4 septembre 2026, XXIIe semaine du Temps ordinaire, année paire

Saint du jour : saint Moïse, prophète et législateur


Résumé en latin ecclésiastique

Sanctus Moyses, propheta et legislator Veteris Testamenti, a Deo electus est ut populum Israel ex servitute Aegypti liberaret et ad terram promissionis conduceret. In monte Sinai legem divinam accepit et cum Domino familiariter colloquebatur. Post longam peregrinationem, terram promissam e monte Nebo contemplatus est atque in regione Moab obiit. Die quarto Septembris in Martyrologio Romano commemoratur.


L’Évangile du jour

« On doit mettre le vin nouveau dans des outres neuves. » (Luc 5, 33-39)

La parabole pourrait être mal comprise comme le rejet pur et simple de l’Ancienne Alliance. Pourtant, le vin nouveau de l’Évangile n’efface pas l’histoire de Moïse. Il en révèle l’accomplissement.

Le Christ n’abolit pas la Loi comme on détruit une erreur. Il conduit vers sa plénitude ce que Dieu avait commencé avec Israël. Sans l’Exode, l’Alliance et le Sinaï, une grande partie du langage chrétien resterait incompréhensible.

Lire les textes de la messe sur l’AELF


Moïse est-il vraiment un saint catholique ?

Moïse n’apparaît pas comme célébration obligatoire dans le calendrier romain général. Il est néanmoins commémoré le 4 septembre dans le Martyrologe romain.

Le Martyrologe le présente comme le prophète choisi par Dieu pour libérer le peuple opprimé en Égypte, le conduire vers la Terre promise et recevoir la Loi. Il rappelle également sa mort sur le mont Nébo, face au pays qu’il ne devait pas traverser.

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que les patriarches, les prophètes et certains autres personnages de l’Ancien Testament ont toujours été honorés comme saints dans les traditions liturgiques de l’Église.

Le titre de saint ne commence donc pas chronologiquement avec le christianisme. Toute sainteté vient du Christ, mais la grâce du Christ peut atteindre ceux qui l’ont précédé dans l’histoire.


Comment les justes ont-ils été sauvés avant Jésus ?

La foi chrétienne affirme que la mort et la résurrection du Christ constituent l’unique source du salut. Cela ne signifie pas que tous ceux qui vécurent avant Jésus furent exclus de la grâce.

Abraham, Moïse, David, Élie et les prophètes répondirent à Dieu avec les lumières qu’ils avaient reçues. Ils ne connaissaient pas encore Jésus de Nazareth, mais ils attendaient l’accomplissement de la promesse divine.

La liturgie du Samedi saint exprime cette conviction par la descente du Christ au séjour des morts. Le Sauveur rejoint les justes qui l’avaient précédé et leur ouvre le passage vers la vie.

Moïse est donc saint non parce qu’il aurait pratiqué par anticipation toutes les formes du christianisme, mais parce qu’il répondit à l’appel de Dieu et participa à l’histoire conduisant au Christ.


L’homme de l’Exode

Le livre de l’Exode présente Moïse comme un enfant hébreu sauvé des eaux, élevé dans l’entourage de Pharaon, puis appelé par Dieu depuis le buisson ardent.

Il reçoit une mission qu’il cherche d’abord à refuser. Il invoque son manque d’autorité et sa difficulté à parler. Dieu ne choisit pas un héros parfaitement préparé, mais un homme qui devra apprendre à devenir le serviteur de sa propre mission.

Moïse affronte Pharaon, conduit les Hébreux hors d’Égypte, traverse la mer et guide le peuple dans le désert. Au Sinaï, il reçoit la Loi et devient le médiateur de l’Alliance.

La Bible ne dissimule ni ses colères, ni ses hésitations, ni les conflits qui l’opposent au peuple. Sa sainteté n’est pas une perfection immobile. Elle se construit dans une relation exigeante avec Dieu.


Moïse a-t-il historiquement existé ?

L’archéologie ne possède actuellement aucune inscription contemporaine permettant d’identifier directement le Moïse biblique. Les documents égyptiens connus ne racontent pas l’Exode sous la forme transmise par la Bible.

Cette absence ne démontre pas à elle seule que Moïse n’a jamais existé. Elle empêche toutefois de présenter chaque épisode du récit comme un événement confirmé par des sources extérieures.

Les chercheurs discutent la formation des traditions de l’Exode, leur mise par écrit et leur rapport avec différentes expériences historiques vécues par des populations sémitiques entre l’Égypte et Canaan. Les chronologies proposées situent souvent le cadre traditionnel de Moïse au IIe millénaire avant notre ère, notamment autour du XIIIe siècle avant Jésus-Christ.

La Bible ne fut pas composée comme une enquête archéologique moderne. Elle transmet la mémoire théologique d’un peuple confessant que Dieu l’a libéré de l’esclavage. La prudence historique ne supprime pas ce message, mais elle interdit de transformer la foi en fausse certitude scientifique.


Pourquoi Moïse n’entre-t-il pas dans la Terre promise ?

Le livre du Deutéronome relie cette exclusion à la faute commise aux eaux de Mériba. Moïse et Aaron n’auraient pas manifesté correctement la sainteté de Dieu devant le peuple.

La sanction peut sembler disproportionnée après quarante années de service. Le texte rappelle cependant que personne, pas même le plus grand des prophètes, ne possède la promesse de Dieu.

Moïse conduit le peuple jusqu’à la frontière, puis transmet sa mission à Josué. Il accepte que l’œuvre commencée par lui soit achevée par un autre. Sa dernière leçon est celle du renoncement au pouvoir.

Lire le récit de la mort de Moïse dans le Deutéronome


Moïse annonce-t-il le Christ ?

La tradition chrétienne voit en Moïse une préfiguration du Christ, sans confondre les deux figures.

Moïse libère Israël de l’esclavage ; le Christ libère l’humanité du péché et de la mort. Moïse traverse les eaux ; le baptême fait passer le croyant vers une vie nouvelle. Moïse reçoit la Loi sur la montagne ; Jésus proclame les Béatitudes sur la montagne. La manne nourrit le peuple au désert ; l’Évangile de Jean présente le Christ comme le pain vivant.

Lors de la Transfiguration, Moïse et Élie apparaissent auprès de Jésus. La Loi et les Prophètes ne sont pas rejetés. Ils convergent vers lui.


Note culturelle : pourquoi Moïse porte-t-il parfois des cornes ?

La célèbre statue de Michel-Ange représente Moïse avec deux petites cornes. Cette particularité vient de la traduction latine d’un passage de l’Exode décrivant son visage après la rencontre avec Dieu.

Le verbe hébreu peut évoquer des rayons lumineux. La Vulgate employa une formulation latine qui fut comprise visuellement comme une face cornue. Les artistes médiévaux et renaissants transformèrent ainsi les rayons spirituels en attribut matériel.

Ces cornes ne sont donc ni diaboliques ni moqueuses. Elles cherchent à représenter la lumière divine reflétée par le visage du prophète.


La sainteté de celui qui reste au seuil

Moïse meurt après avoir contemplé de loin la Terre promise. Son tombeau demeure inconnu. Il ne laisse ni dynastie ni royaume personnel.

Son œuvre lui échappe au moment même où elle paraît s’accomplir. Cette mort au seuil empêche de réduire Moïse à un conquérant ou à un fondateur politique. Il demeure serviteur d’une promesse plus grande que lui.

La sainteté consiste parfois à préparer une terre dans laquelle nous n’entrerons pas.


Prière à saint Moïse

Saint Moïse,
prophète de l’Alliance
et conducteur du peuple de Dieu,
apprenez-nous à écouter l’appel
même lorsque nous nous croyons incapables d’y répondre.

Obtenez-nous le courage de quitter nos servitudes,
la patience pendant les traversées du désert
et l’humilité de transmettre à d’autres
l’œuvre que nous avons commencée.

Conduisez-nous vers le Christ,
accomplissement de la Loi
et véritable Terre promise.

Amen.


Pour aller plus loin


Sources

  • Martyrologe romain, commémoration de saint Moïse au 4 septembre.

  • Catéchisme de l’Église catholique, numéro 61.

  • Bible, Exode, Nombres et Deutéronome.

  • AELF, lectures de la messe du 4 septembre 2026.


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Aviez-vous déjà entendu appeler Moïse « saint Moïse » ? La distinction entre vérité historique et vérité théologique vous aide-t-elle à mieux lire les récits de l’Exode ?


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