✨ Joseph de Cupertino : le mystique qui aurait préféré ne pas voler


Derrière les célèbres lévitations, un franciscain dont la véritable épreuve fut peut-être de rester humble lorsque tout le monde regardait ses extases





Évangile du jour

Lc 8, 1-3 : « Jésus passait à travers villes et villages, proclamant et annonçant la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. »

L’Évangile de ce 18 septembre montre une communauté en mouvement. Les Douze accompagnent Jésus, ainsi que Marie Madeleine, Jeanne, Suzanne et plusieurs autres femmes qui participent concrètement à la mission.

Face à saint Joseph de Cupertino, connu pour des phénomènes mystiques extraordinaires, cet Évangile rappelle une vérité essentielle : le christianisme ne consiste pas d’abord à rechercher l’extraordinaire. Il consiste à suivre le Christ.


Summarium latinum

Sanctus Ioseph a Cupertino, presbyter Ordinis Fratrum Minorum Conventualium, die XVIII Septembris commemoratur. Propter exstases atque levitationes a testibus relata celeberrimus factus est; attamen vita eius maxime humilitate, oboedientia, patientia et amore Christi illustratur. Ipsa dona extraordinaria ei non gloriam tranquillam attulerunt, sed examinationes, restrictiones atque solitudinem. Vera mystica christiana non prodigium quaerit, sed unionem cum Deo.


Le garçon dont personne n’attendait grand-chose

Joseph Desa naît en 1603 à Copertino, dans les Pouilles.

La tradition franciscaine insiste volontiers sur ses difficultés intellectuelles et pratiques. Il aurait lui-même reconnu ses limites avec une franchise désarmante. Sa formation fut difficile et son parcours religieux loin d’être évident.

Il entra finalement chez les Franciscains conventuels et fut ordonné prêtre.

Si son histoire s’arrêtait là, Joseph serait déjà une belle figure chrétienne : celle d’un homme considéré comme peu doué qui découvre que la vocation ne se mesure pas aux critères habituels de réussite.

Mais sa vie prit une direction autrement plus étrange.


Les extases commencent

Au cours de la prière, de la messe ou simplement à l’évocation de certaines réalités religieuses, Joseph entrait parfois dans de profondes extases.

Des témoins affirmèrent également l’avoir vu s’élever du sol.

Ce sont ces récits qui lui valurent une réputation européenne de « saint volant ».

Il faut formuler les choses précisément.

L’historien peut établir qu’un nombre important de contemporains ont affirmé avoir observé des phénomènes extraordinaires autour de Joseph. Les traditions de son ordre et les dossiers liés à sa cause de canonisation ont conservé ces témoignages.

En revanche, nous ne disposons évidemment pas d’un phénomène observable aujourd’hui que la science pourrait reproduire expérimentalement.

La foi catholique elle-même n’oblige d’ailleurs pas à réduire la sainteté de Joseph à ces manifestations.


Le piège de l’extraordinaire

Voilà peut-être l’aspect le plus intéressant de son histoire.

Imaginez qu’à chaque fois que vous entrez en prière, votre comportement attire une foule.

Très vite, les gens ne viennent plus seulement chercher Dieu.

Ils viennent vous regarder.

Joseph devint ainsi une attraction spirituelle.

Et pour un mystique, cela peut constituer une véritable catastrophe.

Les phénomènes qui auraient pu nourrir son orgueil devinrent progressivement une épreuve : interrogatoires, contrôles, changements de résidence, restrictions concernant la célébration publique de la messe et limitation des contacts avec les visiteurs.

La prudence ecclésiastique peut sembler sévère. Elle répondait pourtant à un problème très concret : comment discerner un phénomène mystique lorsque la réputation du mystique devient elle-même un spectacle ?


La véritable mystique de Joseph : obéir

On pourrait croire que la grandeur spirituelle de Joseph réside dans ses lévitations.

C’est probablement regarder son histoire à l’envers.

Ce qui frappe davantage est son attitude lorsque ses supérieurs l’éloignent des foules.

Il aurait pu considérer que ses phénomènes extraordinaires prouvaient directement que Dieu l’approuvait et donc que toute autorité devait s’effacer devant lui.

Il choisit au contraire l’obéissance.

C’est ici que son histoire devient profondément catholique.

Dans la tradition spirituelle chrétienne, un phénomène extraordinaire n’est jamais une preuve suffisante de sainteté.

La sainteté se reconnaît d’abord aux vertus : humilité, charité, foi, patience, obéissance, amour de Dieu et du prochain.

Autrement dit, voler ne prouve rien.

Aimer, beaucoup plus.


Quand Dieu passe par la faiblesse

Joseph était conscient de ses limites intellectuelles.

Sa vie peut donc être rapprochée d’un thème biblique très ancien : Dieu choisit souvent ce qui paraît faible pour confondre ce qui se croit fort.

Ce n’est pas un éloge de l’ignorance.

C’est une remise en cause d’une tentation plus profonde : croire que Dieu aime davantage les êtres humains les plus brillants, les plus cultivés ou les plus efficaces.

Joseph ne devint pas saint parce qu’il était médiocre dans certains domaines.

Il devint saint parce qu’il apprit à offrir à Dieu ce qu’il était.


La solitude du mystique

Les dernières années de Joseph furent marquées par les déplacements et l’isolement.

C’est presque une inversion complète de sa légende.

Le saint que la postérité imagine dans les airs passa une grande partie de son existence spirituelle caché.

Voilà peut-être pourquoi Joseph appartient si naturellement à Mystica Insolita.

L’extraordinaire attire notre attention.

Mais lorsque l’on regarde de plus près, sa vie parle finalement beaucoup plus de silence que de spectacle.


Note culturelle : pourquoi est-il patron des aviateurs ?

Joseph mourut en 1663.

L’avion n’existait évidemment pas.

Lorsque l’aviation se développa plusieurs siècles plus tard, son association traditionnelle aux lévitations conduisit naturellement les catholiques à le choisir comme l’un des patrons des aviateurs et voyageurs aériens.

Il est également souvent invoqué par les étudiants, notamment en raison des difficultés scolaires rapportées dans sa jeunesse.

Vatican News le commémore le 18 septembre comme prêtre franciscain. Le calendrier romain général de l’AELF conserve cependant ce 18 septembre 2026 comme jour de férie : sa célébration n’est donc pas une mémoire universelle obligatoire.



Pour aller plus loin


Vidéo

Pour prolonger la découverte de saint Joseph de Cupertino et de sa spiritualité :

  • Novena de saint Joseph de Cupertino — Santuari Josephini
    Célébration diffusée par la chaîne des sanctuaires de Copertino, animés par les Frères mineurs conventuels. Voir la vidéo

  • 16 septembre : neuvaine de saint Joseph de Cupertino — Santuari Josephini
    Une autre célébration provenant directement du sanctuaire lié au saint. Voir la vidéo

  • Basilique-sanctuaire Saint-Joseph-de-Cupertino à Osimo
    Visite de la basilique où reposent les reliques du saint et découverte des lieux où il passa les dernières années de sa vie. Voir la vidéo

Ces vidéos permettent de sortir de l’image folklorique du seul « saint volant » : elles replacent Joseph dans la prière, la liturgie franciscaine, les sanctuaires et la dévotion qui l’entoure encore aujourd’hui.


Prière

Saint Joseph de Cupertino,
toi qui connus la faiblesse et l’incompréhension,
apprends-nous à ne pas mesurer notre valeur
aux seuls talents que le monde admire.

Toi qui reçus des grâces extraordinaires,
garde-nous du désir de rechercher le spectaculaire.

Apprends-nous à préférer l’humilité à la gloire,
l’obéissance à l’orgueil,
la charité aux prodiges
et le Christ à tout ce qui pourrait détourner notre regard de lui.

Intercède particulièrement
pour ceux qui doutent de leurs capacités,
pour les étudiants découragés
et pour tous ceux qui voyagent dans les airs.

Amen.


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