Sainte Rose de Lima, la mystique qui disait converser avec le Christ
Extases, visions, connaissance miraculeuse de la lecture et examens par l’Inquisition : la première sainte canonisée des Amériques fut aussi l’une des grandes mystiques du XVIIᵉ siècle
Résumé en latin ecclésiastique
Sancta Rosa Limana, virgo tertii Ordinis Sancti Dominici, vitam orationi, paenitentiae et caritati consecravit. Visiones, colloquia mystica cum Christo atque alia dona extraordinaria ei tributa sunt; prudentia tamen ab auctoritatibus ecclesiasticis examinata est.
Une enfant appelée Isabelle
La future sainte Rose de Lima naquit à Lima, au Pérou, en 1586.
Son nom de baptême était Isabel Flores de Oliva.
Très jeune, elle reçut cependant le surnom de Rosa.
Une tradition ancienne raconte que sa mère ou une servante aurait vu son visage prendre l’apparence d’une rose.
Le surnom finit par remplacer son prénom.
Plus tard, Rose affirma qu’une vision de la Vierge avait confirmé ce nom. (aleteia.org)
Savoir lire sans avoir appris ?
L’un des premiers phénomènes extraordinaires qui lui sont attribués concerne la lecture.
Vers quatre ou cinq ans, Rose aurait demandé à Dieu de lui permettre de lire.
Les biographies dévotionnelles affirment qu’elle acquit cette capacité sans enseignement ordinaire.
Elle utilisa ensuite la lecture pour découvrir notamment la vie de sainte Catherine de Sienne, qui deviendra son grand modèle spirituel. L’Église catholique en France reprend elle-même cette tradition dans sa notice du 23 août. (eglise.catholique.fr)
Un ermitage dans le jardin
À vingt ans, Rose entra dans le Tiers-Ordre dominicain.
Elle ne devint pas religieuse cloîtrée au sens strict.
Elle demeura principalement auprès de sa famille.
Un petit ermitage fut aménagé pour elle au fond du jardin.
Rose y passait de longues heures en prière.
Elle pratiquait également des austérités très sévères, parfois difficiles à comprendre aujourd’hui.
Elle jeûnait, réduisait son sommeil et cherchait consciemment à partager les souffrances du Christ. (dominicanen.org)
Des conversations avec le Christ
Rose affirma connaître plusieurs expériences mystiques.
Elle parlait de rencontres intérieures avec le Christ.
Certains récits évoquent une forme de mariage mystique, dans la tradition de Catherine de Sienne.
Elle aurait notamment entendu le Christ lui dire qu’elle était la « Rose de son cœur ».
Ces expériences alternaient avec de longues périodes de sécheresse spirituelle.
La mystique n’était donc pas pour elle une succession constante d’extases agréables.
Elle pouvait aussi se vivre comme absence, solitude et obscurité.
Les visions deviennent suspectes
Lima connaissait alors une véritable effervescence religieuse.
Des récits de visions, miracles et guérisons circulaient abondamment.
Cela expliquait une certaine méfiance des autorités ecclésiastiques.
Rose fut interrogée sur ses expériences spirituelles.
Ses visions suscitèrent notamment l’attention de représentants liés à l’Inquisition.
Loin de simplement approuver tout phénomène, ses examinateurs cherchèrent à déterminer si sa doctrine et sa vie spirituelle étaient compatibles avec la foi catholique.
Les sources catholiques soulignent que la précision de ses réponses impressionna ses interlocuteurs. (eglise.catholique.fr)
Mystique et infirmière
Rose ne passa pourtant pas sa vie enfermée dans son ermitage.
Elle accueillait également des malades.
Elle soignait chez elle :
des pauvres ;
des personnes âgées ;
des enfants abandonnés ;
des populations indigènes défavorisées.
La contemplation ne supprimait donc pas le service concret.
C’est une dimension importante pour éviter de réduire sa biographie à une collection d’extases. (vaticannews.va)
Le mystérieux coq de Rose
Une tradition plus populaire raconte également une histoire particulièrement adaptée à Mystica Insolita.
Un coq du voisinage était réputé « ensorcelé » parce qu’il était devenu agressif.
Des habitants voulaient le tuer.
Rose lui aurait parlé doucement et lui aurait ordonné de chanter.
L’animal se serait immédiatement mis à chanter puis aurait retrouvé un comportement normal.
Le récit est conservé comme tradition miraculeuse, mais il ne possède évidemment pas la même valeur documentaire que les témoignages contemporains sur sa vie. (mariedenazareth.com)
Un nom lui-même miraculeux
L’histoire de Rose est entourée dès l’enfance d’un motif floral.
Une première tradition voit une rose sur son visage.
Une autre parle d’une rose suspendue au-dessus de sa tête.
Puis la Vierge confirmerait son nom.
L’historien ne peut évidemment pas vérifier ce type d’événement.
Mais le motif montre comment une identité spirituelle s’est construite très tôt autour d’une image simple : la fleur offerte au Christ.
La mort annoncée
Rose aurait également pressenti la proximité de sa mort.
Elle mourut le 24 août 1617, à seulement trente et un ans.
Sa fête liturgique est aujourd’hui célébrée le 23 août dans le calendrier romain. (vaticannews.va)
Dès ses funérailles, la population de Lima manifesta une immense vénération.
Des fidèles cherchaient même à recueillir de la terre provenant de son tombeau. (eglise.catholique.fr)
Première sainte canonisée du Nouveau Monde
Rose fut béatifiée en 1668.
Clément X la canonisa en 1671.
Elle devint la première sainte canonisée née sur le continent américain.
Elle est devenue patronne notamment du Pérou et de plusieurs pays ou régions d’Amérique. (vaticannews.va)
Comment interpréter ses expériences ?
Le dossier de Rose possède plusieurs niveaux.
Sa vie, son activité charitable et son appartenance dominicaine sont historiquement très solides.
Ses expériences intérieures furent examinées dès son vivant.
Certaines traditions extraordinaires sont très anciennes.
D’autres miracles furent développés par la littérature dévotionnelle postérieure.
Il faut donc éviter deux simplifications :
tout accepter au même niveau historique,
ou tout rejeter parce qu’une partie du dossier relève de l’hagiographie.
Rose reste avant tout une femme dont l’expérience mystique fut suffisamment importante pour inquiéter, fasciner et finalement convaincre ses contemporains.
Note culturelle
Rose est devenue une véritable figure nationale au Pérou.
Son visage, ses statues et les lieux associés à sa vie sont profondément intégrés à la culture de Lima.
Sa fête demeure l’une des grandes mémoires religieuses du monde latino-américain.
Sources
Vatican News, sainte Rose de Lima, 23 août. (vaticannews.va)
Église catholique en France, vie, don de lecture, visions et interrogatoires. (eglise.catholique.fr)
Dominicains, vie spirituelle et ascèse de Rose de Lima. (dominicanen.org)
Tradition du miracle du coq. (mariedenazareth.com)
Pour aller plus loin
Sainte Claire d’Assise, la voix qui répondit depuis l’Eucharistie
Deux femmes dont la vie contemplative fut associée à des locutions ou expériences mystiques directement centrées sur le Christ.
Sainte Radegonde, le jour où le Christ aurait laissé son empreinte dans la pierre
Rose et Radegonde permettent de comparer une expérience mystique ancienne avec les traditions matérielles qui se construisent ensuite autour d’une sainte.
Saint Herman d’Alaska, la lumière qui monta de son île jusqu’au ciel
Un autre dossier où la réputation spirituelle d’une personne historiquement identifiable s’enrichit progressivement de récits miraculeux.
Saint Albert de Trapani, le carme dont l’eau était réputée guérir
Chez Albert comme chez Rose, ascèse personnelle, prière et guérisons attribuées à l’intercession se rencontrent dans une même mémoire dévotionnelle.
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Les visions de Rose de Lima doivent-elles être lues comme des expériences mystiques objectives, comme un langage intérieur profondément marqué par son époque, ou comme les deux à la fois ?
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