Saint Pierre-Julien Eymard, le prêtre saisi par l’appel de l’Eucharistie
À Fourvière, puis après la messe, plusieurs expériences intérieures orientèrent un prêtre mariste vers une fondation entièrement consacrée au Saint-Sacrement
Résumé en latin ecclésiastique
Sanctus Petrus Iulianus Eymard, presbyter et Eucharistiae apostolus, gratias interiores apud Lugdunum et Fourvière accepit. Christum in Sacramento altaris velut centrum vitae Ecclesiae contemplatus, Congregationem Sanctissimi Sacramenti condidit atque se ipsum Deo totaliter obtulit.
Un enfant attiré par le tabernacle
Pierre-Julien Eymard naquit le 4 février 1811 à La Mure, dans l’Isère.
Son père exerçait le métier de coutelier et souhaitait que son fils reprenne l’activité familiale.
Pierre-Julien manifesta pourtant très tôt le désir de devenir prêtre.
Enfant, il fut un jour retrouvé derrière l’autel de l’église, la tête appuyée contre le tabernacle.
Il aurait expliqué qu’il voulait ainsi se trouver plus près de Jésus.
Cette anecdote, transmise par ses biographes, annonce l’orientation eucharistique de toute sa vie.
Sa santé fragile compliqua longtemps sa vocation.
Il tenta d’entrer chez les Oblats de Marie Immaculée à Marseille en 1829, mais dut quitter le noviciat.
Il reprit ensuite ses études au grand séminaire de Grenoble.
Il fut ordonné prêtre en 1834.
Après plusieurs années dans le diocèse, il entra chez les Maristes en 1839.
Il y exerça des fonctions de directeur spirituel, de supérieur et de visiteur.
Son activité l’amena à accompagner des élèves, des prêtres et des groupes de laïcs.
Peu à peu, l’Eucharistie cessa d’être pour lui une dévotion parmi d’autres.
Elle devint le centre à partir duquel il comprenait la mission entière de l’Église.
La procession de 1845
Le 25 mai 1845, Pierre-Julien participa à une procession eucharistique dans l’église Saint-Paul de Lyon.
Il décrivit ensuite cette journée comme une expérience spirituelle décisive.
En portant ou en accompagnant le Saint-Sacrement, il se sentit appelé à consacrer davantage son ministère à l’Eucharistie.
Il ne reçut pas encore un programme institutionnel entièrement formé.
L’expérience agit plutôt comme une lumière progressive.
Elle lui fit comprendre que l’adoration ne devait pas rester enfermée dans une piété individuelle.
Elle devait devenir une force missionnaire capable de renouveler les prêtres, les laïcs et les œuvres sociales.
La grâce de Fourvière
Le 21 janvier 1851, Pierre-Julien pria dans le sanctuaire Notre-Dame de Fourvière, à Lyon.
Il y reçut ce qu’il appellera plus tard sa grâce de vocation.
Il fut frappé par l’abandon spirituel de nombreux laïcs, le manque de formation et l’indifférence envers l’Eucharistie.
Il comprit qu’il devait travailler à la fondation d’une œuvre nouvelle.
Son projet consistait à réunir des prêtres voués à l’adoration et à l’apostolat eucharistique.
Cette intuition ne fut pas immédiatement acceptée.
Pierre-Julien appartenait encore à la Société de Marie et devait discerner si l’idée venait réellement de Dieu ou de son imagination.
Durant plusieurs années, il pria, consulta ses supérieurs et tenta d’interpréter cette expérience sans précipitation.
La fondation ne naquit donc pas d’une apparition extérieure clairement décrite, mais d’une conviction intérieure persistante, éprouvée par le temps et les obstacles.
L’expérience après la messe
Le 18 avril 1853, après avoir célébré la messe, Pierre-Julien connut une nouvelle expérience profonde.
Il ressentit le désir de se donner entièrement au projet que Dieu semblait lui confier.
Cette grâce renforça son appel à créer une communauté centrée sur le Saint-Sacrement.
Il ne quitta pourtant les Maristes qu’après un long discernement.
En 1856, il fonda à Paris la Société du Saint-Sacrement.
Deux ans plus tard, avec Marguerite Guillot, il prépara une branche féminine, les Servantes du Saint-Sacrement.
Ses communautés associaient contemplation et action.
Elles pratiquaient l’adoration, mais organisaient aussi la catéchèse, la préparation à la première communion des adultes et l’accompagnement spirituel des milieux populaires.
Le vœu de la personnalité
En 1865, lors d’un séjour à Rome, Pierre-Julien reçut ce qu’il considéra comme une grâce encore plus radicale.
Il formula le vœu de la personnalité.
Il ne s’agissait pas de perdre son identité ou sa volonté, mais d’offrir à Dieu l’ensemble de sa personne, de ses projets et de ses capacités.
Il voulait que le Christ vive et agisse en lui sans résistance.
Cette démarche s’inscrit dans une longue tradition mystique d’abandon intérieur.
Elle montre aussi l’évolution de sa spiritualité.
Au début, Pierre-Julien voulait accomplir de grandes œuvres pour l’Eucharistie.
À la fin, il comprenait que la première œuvre consistait à consentir entièrement à l’action de Dieu.
Une mystique sans visions spectaculaires
Pierre-Julien Eymard n’est pas principalement connu pour des apparitions visibles, des stigmates ou des phénomènes corporels.
Sa mystique repose sur des expériences intérieures datées, relues et mises à l’épreuve.
Ses écrits permettent de suivre le développement de ses convictions presque année après année.
Le site consacré à ses œuvres donne accès à des dizaines de milliers de pages de correspondance, de notes personnelles, de prédications et de constitutions.
Cette abondance documentaire permet d’étudier une expérience mystique non comme un récit isolé, mais comme un processus de discernement prolongé.
L’Eucharistie comme réponse au monde moderne
Pierre-Julien vivait dans une France marquée par l’industrialisation, les bouleversements politiques et la déchristianisation de certains milieux urbains.
Il ne voulait pas opposer une piété enfermée dans les églises à cette société nouvelle.
Il souhaitait faire de l’Eucharistie le point de départ d’un apostolat actif.
L’adoration devait conduire à l’éducation, à la communion fréquente et à la dignité des plus pauvres.
Il catéchisa notamment de jeunes ouvriers et encouragea la première communion d’adultes laissés jusque-là à l’écart de la formation religieuse.
Mort et reconnaissance
Épuisé par les voyages, les difficultés financières et les tensions internes de sa jeune congrégation, Pierre-Julien revint à La Mure en 1868.
Il y mourut le 1er août.
Pie XI le béatifia en 1925.
Jean XXIII le canonisa le 9 décembre 1962, durant la première session du concile Vatican II.
Sa mémoire liturgique fut ensuite fixée au 2 août.
Note culturelle
Pierre-Julien Eymard est très lié à plusieurs lieux français :
La Mure, où il naquit et mourut ;
Grenoble, où il fut formé ;
Marseille, où il tenta une première vie religieuse ;
Lyon et Fourvière, lieux de ses expériences spirituelles ;
La Seyne-sur-Mer, où il dirigea un collège mariste ;
Paris, où il fonda la Société du Saint-Sacrement.
Son itinéraire dessine une véritable géographie française de la spiritualité eucharistique du XIXᵉ siècle.
Sources
Chronologie officielle des principales expériences spirituelles de Pierre-Julien Eymard.
Présentation de la grâce de Fourvière et de la fondation eucharistique.
Pour aller plus loin
Saint Pierre aux Liens, la nuit où les chaînes tombèrent toutes seules
La délivrance de Pierre permet de comparer une manifestation angélique extérieure avec les expériences essentiellement intérieures de Pierre-Julien Eymard.
Sainte Irène de Chrysobalanton, l’abbesse que les cyprès saluaient pendant sa prière
Irène appartient à une mystique byzantine très spectaculaire, avec lévitation, prophéties et phénomènes visibles.
Saint Germain d’Auxerre, le thaumaturge qui fit reculer la tempête et les armées
Germain illustre une autre forme de sainteté, où le miracle soutient directement la mission, la guérison et l’action publique.
Sainte Marie-Madeleine, celle qui vit le Ressuscité avant les apôtres
Marie-Madeleine rappelle que toute mystique chrétienne trouve son centre dans une rencontre personnelle avec le Christ vivant.
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Les grâces intérieures de Pierre-Julien Eymard peuvent-elles être qualifiées d’expériences mystiques aussi pleinement que des visions ou des apparitions visibles ?
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