Saint Job de Pochaev, le mort qui apparut trois fois pour faire ouvrir son tombeau
Huit ans après sa mort, l’abbé ukrainien aurait ordonné en vision au métropolite de Kiev d’exhumer son corps ; lorsque la tombe fut finalement ouverte le 28 août 1659, la tradition affirme que ses reliques étaient intactes et répandaient un parfum extraordinaire
Résumé en latin ecclésiastique
Sanctus Iob Poceaviensis, abbas et asceta, anno MDCLI requievit. Traditur post mortem ter Dionysio metropolitae apparuisse, iubens corpus suum e sepulcro efferri. Die XXVIII Augusti MDCLIX reliquiae eius incorruptae inventae sunt atque suavissimum odorem emisisse referuntur.
Un ascète de Pochaev
Job de Pochaev naquit vers 1551 dans la région de Galicie.
Encore enfant, il entra dans la vie monastique.
Il devint ensuite prêtre, higoumène et finalement abbé du grand monastère de Pochaev, dans l’actuelle Ukraine.
La tradition orthodoxe le présente comme un ascète extrêmement rigoureux, vivant de longues périodes dans une étroite grotte de la montagne de Pochaev.
Un moine, mais aussi un imprimeur
Job n’était pas seulement contemplatif.
Il participa activement à la défense de l’orthodoxie dans le contexte des controverses liées à l’Union de Brest.
Sous son gouvernement, Pochaev développa une importante activité d’imprimerie, diffusant textes liturgiques et ouvrages religieux.
L’homme qui s’enfermait dans une grotte savait donc aussi utiliser l’une des technologies majeures de son époque.
Mort en 1651
Job mourut en 1651, après avoir dirigé le monastère pendant plusieurs décennies.
Son corps fut enterré.
L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Mais près de huit ans plus tard, le métropolite de Kiev, Dionysios Balaban, aurait commencé à recevoir d’étranges visites.
Première apparition : le métropolite ne bouge pas
Selon la tradition, Job apparaît au métropolite.
Le saint lui demande que son corps soit retiré de terre.
Dionysios hésite.
Il ne fait rien.
La vision revient.
Le métropolite ne se décide toujours pas.
Puis Job apparaît une troisième fois.
Cette fois, le message devient nettement plus pressant.
La tradition rapporte que le saint menace même le prélat de malheur s’il continue à ignorer l’ordre.
Le 28 août 1659 : on ouvre la tombe
Dionysios se rend enfin à Pochaev.
Le tombeau est ouvert le 28 août 1659.
La tradition affirme que le corps est retrouvé sans corruption, comme s’il venait d’être enseveli.
Un parfum extraordinaire se serait dégagé de la tombe.
Les reliques sont alors transférées solennellement dans la cathédrale de la Sainte-Trinité.
La date devient une fête propre à saint Job.
Le parfum de la tombe
Le détail mérite une attention particulière.
L’hagiographie chrétienne associe souvent la sainteté à une fragrance agréable.
D’où l’expression française :
« mourir en odeur de sainteté ».
Chez Job, la formule est prise littéralement.
Lorsque la tombe s’ouvre, la corruption attendue serait remplacée par un parfum.
C’est exactement le même renversement symbolique que nous avons déjà rencontré avec plusieurs martyrs : le corps destiné à se décomposer manifeste au contraire un signe de vie.
Les blessures encore visibles
Certaines traditions affirment même que les pieds de Job conservaient les traces des longues heures passées debout en prière.
Le récit publié dans la tradition orthodoxe russe évoque encore ces marques lors de l’exhumation.
Là encore, nous sommes dans un témoignage hagiographique, non dans une expertise médico-légale moderne.
Une guérison après l’ouverture du tombeau
La tradition rapporte ensuite plusieurs guérisons attribuées aux reliques.
Le biographe du saint, Dosithée, gravement malade, aurait lui-même retrouvé la santé.
Puis d’autres récits se développèrent autour de Pochaev.
La découverte du corps n’est donc pas seulement interprétée comme un phénomène extraordinaire.
Elle transforme immédiatement le tombeau en centre thaumaturgique.
Une seconde ouverture en 1833
L’histoire recommence près de deux siècles plus tard.
Des guérisons rapportées autour des reliques conduisent le Saint-Synode à ordonner une nouvelle ouverture.
Elle a lieu, là encore, le 28 août, en 1833.
Selon l’Orthodox Church in America, aucune trace de corruption n’aurait été constatée et une fragrance aurait de nouveau été perçue.
Deux ouvertures.
Deux fois un 28 août.
Deux récits d’incorruptibilité.
Le dossier avait tout pour devenir un élément majeur de la tradition de Pochaev.
Le miracle du mouchoir
Une autre histoire se développe après la première translation.
Une noble femme nommée Anna Domashevska aurait entendu, de nuit, des chants dans une église normalement fermée.
Elle entre.
Elle aperçoit Job accompagné de deux êtres lumineux.
Le saint lui remet un mouchoir imbibé d’huile afin de le porter à l’higoumène du monastère, alors gravement malade.
Lorsque le tissu touche le malade, celui-ci aurait immédiatement guéri.
Le récit cumule :
apparition posthume ;
lumière ;
chants ;
ouverture mystérieuse d’une porte ;
objet transmis par le saint ;
guérison.
Nous entrons pleinement dans le territoire de Mystica Insolita.
La Vierge au-dessus du monastère
La tradition de Pochaev associe encore Job à un événement de 1675.
Lors d’une attaque contre le monastère, la Vierge serait apparue au-dessus de la montagne, accompagnée de Job.
Les flèches tirées vers la vision seraient revenues contre les assaillants, qui auraient pris la fuite.
Le saint décédé devient ainsi protecteur militaire du sanctuaire aux côtés de Marie.
Qu’est-ce qui est historiquement solide ?
Nous pouvons établir :
l’existence de Job ;
son activité monastique ;
son gouvernement à Pochaev ;
son activité éditoriale ;
sa mort en 1651 ;
l’ouverture officielle de sa tombe en 1659 ;
le culte de ses reliques ;
la seconde translation de 1833.
En revanche, apparition, parfum surnaturel, incorruptibilité miraculeuse et guérisons appartiennent à la tradition religieuse.
L’historien peut documenter les témoignages.
Il ne peut pas en déduire automatiquement une cause surnaturelle.
Pourquoi le 28 août ?
L’Église orthodoxe commémore précisément le 28 août la découverte des reliques de saint Job de Pochaev.
Depuis 1902, une procession particulière avec les reliques est attachée à cette date dans la tradition du sanctuaire.
Note culturelle
Pochaev est aujourd’hui l’un des grands sanctuaires monastiques de l’Europe orientale.
Sa géographie sacrée réunit :
une empreinte attribuée à la Vierge ;
une icône thaumaturge ;
la grotte de Job ;
ses reliques ;
des récits d’apparitions et de guérisons.
Rarement un seul lieu concentre autant de couches successives de traditions surnaturelles.
Sources
Orthodox Church in America, Recovery of the Relics of Saint Job of Pochaev.
OCA, textes liturgiques de la fête du 28 août.
Tradition biographique de saint Job et histoire de l’imprimerie de Pochaev.
Récits traditionnels des visions et de l’ouverture du tombeau.
Calendrier orthodoxe du 28 août 2026.
Pour aller plus loin
L’icône géorgienne de la Mère de Dieu, l’image volée qui rendit la vue à un moine
Même univers orthodoxe de reliques, guérisons, rêves et interventions attribuées au ciel.
Icône de la Conversation de la Mère de Dieu, la Vierge qui aurait parlé depuis une image oubliée
Un autre cas où une image ou une relique matérielle devient le centre d’un réseau de visions et de guérisons.
Notre-Dame de Częstochowa, l’icône blessée que la Pologne appelle sa Reine
Deux grands sanctuaires d’Europe orientale où histoire nationale, pèlerinage et récits miraculeux s’entrelacent.
Sainte Patricia de Naples, l’autre sang qui se liquéfie
Autre dossier centré sur l’étrange persistance physique d’une relique corporelle.
Commenter et s’abonner
L’incorruptibilité des reliques de Job doit-elle être comprise comme un phénomène physique exceptionnel, comme une construction hagiographique progressive, ou comme un signe surnaturel ?
Partagez votre interprétation et abonnez-vous à Mystica Insolita.
Commentaires
Enregistrer un commentaire