Saint Cyriaque, le diacre qui chassait les démons
Martyr romain du temps de Dioclétien, il devint dans la tradition l’un des grands saints invoqués contre les possessions et les tentations
Résumé en latin ecclésiastique
Sanctus Cyriacus, diaconus Romanus et martyr, pauperibus atque Christianis damnatis ministravit. Traditio eum daemonia expulisse narrat; propter Christum tandem cum sociis capite plexus est et inter Sanctos Auxiliatores numeratus.
Un martyr dont l’existence est plus sûre que la légende
Cyriaque vivait à Rome au début du IVᵉ siècle.
Son nom grec, Kyriakos, signifie « appartenant au Seigneur ».
Son existence comme martyr paraît ancienne et solidement enracinée dans la tradition romaine.
Il fut enterré avec plusieurs compagnons près de la voie d’Ostie.
Les détails de sa vie furent cependant rédigés beaucoup plus tard.
Il faut donc distinguer le martyr historique et le Cyriaque thaumaturge des récits hagiographiques.
Selon la tradition, il appartenait à une famille aisée.
Devenu chrétien, il distribua ses biens aux pauvres et fut ordonné diacre.
Il secourait notamment les chrétiens contraints de travailler sur les grands chantiers impériaux.
Il apportait nourriture et assistance aux prisonniers épuisés.
L’exorciste appelé au palais
La partie la plus spectaculaire de son histoire concerne la fille de l’empereur Dioclétien.
La jeune femme aurait été considérée comme possédée par un démon.
Selon les Actes tardifs, l’esprit aurait lui-même déclaré que Cyriaque était capable de le chasser.
Le diacre fut amené auprès d’elle.
Il pria, imposa les mains et la jeune femme fut délivrée.
Elle aurait ensuite demandé le baptême.
Une seconde tradition conduit Cyriaque jusqu’en Perse.
La fille du roi aurait souffert d’un phénomène comparable.
Cyriaque l’aurait elle aussi libérée, entraînant plusieurs conversions.
Ces épisodes ne peuvent pas être vérifiés historiquement et appartiennent clairement au développement légendaire de sa Passion.
Pourquoi devient-il un saint contre les possessions ?
La réputation d’exorciste finit par dépasser largement le récit initial.
Cyriaque fut invoqué :
contre les possessions démoniaques ;
contre les tentations violentes ;
dans les angoisses précédant la mort ;
et, selon certaines traditions locales, contre plusieurs maladies.
Il entra ainsi dans le groupe des Quatorze Saints Auxiliateurs, particulièrement populaire à la fin du Moyen Âge.
Dans l’iconographie, il apparaît fréquemment en diacre avec un petit démon enchaîné à ses pieds.
Cette représentation résume immédiatement sa spécialité surnaturelle.
Martyre
La tradition situe sa mort vers 303.
Cyriaque, Largus, Smaragdus et plusieurs autres chrétiens furent arrêtés.
Après divers supplices, ils furent décapités.
Les sources anciennes permettent surtout d’affirmer l’existence de martyrs portant ces noms et leur culte à Rome.
Le récit détaillé du palais impérial et des exorcismes doit être lu avec davantage de prudence.
Leur mémoire occidentale est traditionnellement fixée au 8 août.
Exorcisme et prudence historique
Cyriaque constitue un cas particulièrement intéressant pour Mystica Insolita.
Le noyau historique semble solide : un martyr romain réellement vénéré dès l’Antiquité.
Autour de ce noyau s’est développée une biographie surnaturelle beaucoup plus tardive.
Cette distinction permet d’éviter deux excès : considérer toutes les scènes comme historiquement démontrées, ou rejeter toute la figure parce que ses Actes comportent des éléments légendaires.
Note culturelle
Le culte de Cyriaque se diffusa notamment en Allemagne et dans les régions alpines grâce aux Quatorze Saints Auxiliateurs.
Il donna aussi son nom à plusieurs églises et localités européennes.
Son iconographie avec un démon captif le rend immédiatement reconnaissable parmi les diacres martyrs.
Sources
Nominis, « Saints Cyriaque et ses compagnons », 8 août et invocation contre les possessions.
Église catholique de Norvège, étude hagiographique et distinction entre le culte ancien et les Actes tardifs.
Calendrier mondial des saints diacres, tradition de Cyriaque auprès des travailleurs forcés.
Pour aller plus loin
Faute d’URL directe ressortant dans l’indexation publique, les liens ci-dessous utilisent une recherche interne précise du blog.
Saint Albert de Trapani, le carme dont l’eau était réputée guérir
Autre religieux auquel la tradition attribue guérisons et délivrances spirituelles.
Saint Germain d’Auxerre, le thaumaturge qui fit reculer la tempête et les armées
Guérisons, prières et phénomènes extraordinaires entourent également son ancienne Vie.
Saint Pantaléon, le médecin que le feu, le plomb et les bêtes ne purent tuer
Son récit permet de comparer le merveilleux des Passions de martyrs tardivement développées.
Saint Dios, le solitaire dont les prières faisaient reculer les démons
Le parallèle avec Cyriaque est direct sur le thème de la délivrance des puissances spirituelles hostiles.
Commenter et s’abonner
Les exorcismes de Cyriaque conservent-ils la mémoire d’un véritable ministère de délivrance, ou sont-ils surtout le développement médiéval de la réputation d’un ancien martyr ?
Partagez votre interprétation et abonnez-vous à Mystica Insolita.
Commentaires
Enregistrer un commentaire