Saint Albert de Trapani, le carme dont l’eau était réputée guérir

 

Prédicateur, exorciste et thaumaturge sicilien, il aurait sauvé Messine de la famine avant de laisser une étrange tradition d’eau bénite





Résumé en latin ecclésiastique

Sanctus Albertus de Abbatibus, presbyter Carmelita, oratione, paenitentia et praedicatione claruit. Multos infirmos sanavit, obsessos liberavit atque aquam benedictam ad corporis et animae salutem fidelibus reliquit.


L’enfant longtemps attendu

Albert naquit probablement vers 1240 à Trapani, en Sicile.

Ses parents auraient longtemps attendu la naissance d’un enfant.

Ils promirent de le consacrer à la Vierge s’ils obtenaient cette grâce.

Albert entra donc jeune chez les Carmes.

Il reçut une formation religieuse et intellectuelle avant d’être ordonné prêtre.

Il mena une vie marquée par la prière, la pénitence et l’étude.

Ses supérieurs lui confièrent également la prédication.

La Sicile de son époque accueillait des communautés chrétiennes, juives et musulmanes.

La tradition carmélitaine affirme qu’Albert s’efforça particulièrement de convertir les juifs de l’île.

Elle lui attribue aussi plusieurs ouvrages, aujourd’hui perdus.

Il fut ensuite élu provincial des Carmes de Sicile.

Malgré cette responsabilité, il continua de rechercher la solitude et une vie austère.

Il mourut à Messine vers 1307.

Son culte se développa rapidement et sa fête entra dans le calendrier carmélitain en 1411.


Le saint qui aurait sauvé Messine

L’un des miracles les plus célèbres attribués à Albert se déroule à Messine.

La ville était assiégée et manquait de nourriture.

Les habitants risquaient la famine.

Albert aurait célébré la messe et prié longuement pour la population.

Trois navires chargés de blé seraient alors parvenus au port malgré le blocus.

La ville attribua cette délivrance à son intercession.

Cet épisode contribua fortement à son culte local.

Il fit d’Albert un protecteur des populations confrontées à la faim et aux situations sans issue.


Guérisons et exorcismes

Les récits carmélitains attribuent à Albert de nombreuses guérisons.

Il aurait délivré des malades de la fièvre et d’autres affections.

Il aurait également libéré plusieurs personnes considérées comme possédées.

Ces épisodes sont connus par des traditions rédigées après sa mort.

Ils ne constituent pas des comptes rendus médicaux contemporains.

Ils montrent néanmoins que le saint fut rapidement perçu comme un intercesseur puissant contre les maladies du corps et les troubles spirituels.


L’eau de saint Albert

La dévotion la plus originale concerne une eau bénite en son honneur.

Une relique du saint est plongée dans l’eau pendant qu’une prière demande la guérison du corps et de l’âme.

Cette pratique est encore connue dans plusieurs communautés carmélitaines.

Elle fut notamment introduite en Irlande par le père John Spratt.

Celui-ci avait vécu dans un couvent espagnol placé sous le patronage d’Albert.

Il rapporta la dévotion à Dublin, dans l’église carmélitaine de Whitefriar Street.

Des fidèles y viennent encore demander l’« eau de saint Albert » et vénérer ses reliques.


Eau bénite ou remède ?

L’eau de saint Albert n’est pas présentée officiellement comme un médicament.

La bénédiction demande l’intercession du saint, mais elle ne remplace pas un diagnostic ou un traitement médical.

La dévotion appartient à la catégorie des sacramentaux.

L’eau constitue un signe matériel de la prière de l’Église et de la confiance du fidèle.

Le risque apparaît lorsqu’on lui attribue une efficacité automatique ou magique.

La tradition carmélitaine insiste au contraire sur la conversion, la foi et la guérison intérieure.


Patron des études carmélitaines

Albert ne fut pas seulement un thaumaturge populaire.

Les Carmes le considèrent également comme le patron de leurs études.

Les sources anciennes lui attribuent plusieurs livres, bien qu’aucun ne soit conservé.

Cette association entre étude, prédication et miracles permet d’éviter de réduire le saint à une simple figure de guérisseur.

Chez lui, la parole enseignée et la prière pour les malades appartiennent à une même mission.


Note culturelle

Albert de Trapani est souvent représenté en habit carmélitain blanc et brun.

Il tient parfois un crucifix, un livre ou un lys.

Certaines images montrent un démon vaincu sous ses pieds ou des malades recevant sa bénédiction.

Son culte reste particulièrement vivant en Sicile et dans les sanctuaires carmélitains.


Sources

  • Carmes d’Irlande, vie, patronage et eau de saint Albert de Trapani.

  • Vatican News, calendrier du 7 août.

  • Universalis, notice liturgique et traditions anciennes concernant le saint.


Pour aller plus loin

Saint Pantaléon, le médecin que le feu, le plomb et les bêtes ne purent tuer

Pantaléon permet de comparer la guérison obtenue par un médecin chrétien et celle attribuée à l’intercession d’un religieux thaumaturge.

Saint Germain d’Auxerre, le thaumaturge qui fit reculer la tempête et les armées

Comme Albert, Germain est associé à des guérisons, à des reliques et à une intervention surnaturelle en faveur d’une population entière.

Sainte Parascève, la martyre qui sortit vivante d’une chaudière d’huile

Parascève fut elle aussi invoquée contre plusieurs maladies, notamment les affections des yeux.

Joseph Oriol, le thaumaturge de Barcelone

Joseph Oriol offre un parallèle occidental plus récent : vie austère, pauvreté personnelle et nombreuses guérisons attribuées à la prière.


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L’eau de saint Albert doit-elle être comprise uniquement comme un signe de prière, ou peut-elle devenir le support matériel d’une véritable guérison surnaturelle ?

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