L’icône géorgienne de la Mère de Dieu, l’image volée qui rendit la vue à un moine
Emportée de Géorgie lors d’une invasion perse, rachetée par un marchand russe puis conduite dans un monastère sur l’ordre d’une voix mystérieuse, elle fut associée dès son arrivée à une guérison spectaculaire
Résumé en latin ecclésiastique
Icon Georgiana Sanctissimae Deiparae ex Georgia in Persidem ablata, postea a mercatore Christiano redempta est. Cum die XXII Augusti MDCXXIX ad monasterium Krasnogoriense pervenisset, monachus Pitirim, caecus et surdus, sanitatem recepisse traditur; deinde multae aliae sanationes huic imagini attributae sunt.
Une icône emportée comme butin
L’histoire commence en 1622.
Le shah de Perse Abbas Ier envahit la Géorgie chrétienne.
Parmi les objets emportés figurent des reliques et plusieurs icônes particulièrement vénérées.
L’une d’elles représente la Mère de Dieu.
Trois ans plus tard, un employé russe nommé Étienne Lazarev, venu en Perse pour affaires, se voit proposer l’achat de cette icône.
Il l’acquiert.
Mais, pendant ce temps, son employeur en Russie vit un phénomène beaucoup plus étrange.
Une voix annonce l’arrivée de l’icône
À Yaroslavl, le marchand Grégoire Lytkin reçoit ce que la tradition décrit comme une révélation.
Une voix lui annonce que son employé va revenir de Perse avec une image précieuse.
La même voix lui indique ce qu’il devra en faire.
L’icône ne doit pas rester à Yaroslavl.
Elle doit être conduite vers le nord, dans le monastère de la Montagne-Noire près d’Arkhangelsk, futur monastère de Krasnogorsk.
Lorsque Lazarev revient effectivement avec une icône géorgienne de la Vierge, Lytkin reconnaît dans l’événement l’accomplissement de ce qu’il avait entendu.
Le voyage jusqu’à Krasnogorsk
L’image est finalement conduite au monastère en 1629.
Le 22 août, une foule de fidèles accompagne solennellement son entrée dans l’église.
C’est précisément à cet instant que la tradition place le premier grand prodige associé à l’icône.
Un moine nommé Pitirim souffrait simultanément de cécité et de surdité.
Il aurait retrouvé la vue et l’ouïe lors de l’arrivée de l’image.
Le récit transforma immédiatement une icône sauvée de la guerre en icône thaumaturge.
Une guérison qui déclenche une enquête
D’autres guérisons sont bientôt rapportées.
La réputation de l’image dépasse le monastère.
Le métropolite Nikon de Novgorod, futur patriarche de Moscou, s’intéresse alors au phénomène.
La tradition orthodoxe rapporte qu’une enquête fut menée sur les manifestations attribuées à l’icône.
À partir de 1650, le 22 août devint la date annuelle de sa célébration.
Le fils mourant d’un orfèvre
En 1654, l’icône est transportée à Moscou afin d’être restaurée et de recevoir une nouvelle riza, couverture métallique ornant traditionnellement certaines icônes.
Un maître orfèvre nommé Gabriel Evdokimov a alors un fils gravement malade.
Un office d’intercession est célébré devant l’icône.
Le jeune homme guérit.
En reconnaissance, Evdokimov fait réaliser une copie de l’image pour l’église de la Trinité.
Le phénomène le plus intéressant commence alors : les copies elles-mêmes acquièrent une réputation miraculeuse.
Une apparition pendant la peste
La même année, Moscou connaît une grave épidémie.
Un marchand nommé Stephanov envisage de quitter la ville avec sa famille.
Selon la tradition, la Vierge lui apparaît trois fois en rêve.
Elle lui ordonne de prier devant l’icône géorgienne.
Il reste finalement à Moscou.
La maladie ne touche ni lui ni les siens.
Nous passons donc de la guérison devant une image à une véritable expérience onirique liée à cette image.
L’icône inconnue du couvent
L’un des épisodes les plus étranges concerne le couvent Alekseevsky.
Une religieuse atteinte par l’épidémie souhaite prier devant l’icône géorgienne, mais personne ne peut aller la chercher.
Un moine inconnu apparaît alors.
Il lui affirme qu’une image identique existe déjà dans le couvent et indique l’endroit où elle peut être retrouvée.
Une icône jusqu’alors inconnue est effectivement découverte dans un espace ressemblant à une grotte ou à un dépôt.
Après un office célébré devant elle, les religieuses malades auraient guéri.
L’identité du mystérieux moine n’est jamais expliquée.
La princesse aveugle
En 1662, la princesse Marthe Prozorovskaïa, aveugle depuis plusieurs années selon la tradition, reçoit elle aussi une guérison attribuée à l’intercession de la Mère de Dieu devant une copie de l’icône.
D’autres cas seront encore consignés aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles.
Quand la pluie sauve les récoltes
La réputation de l’image ne se limite pas aux maladies humaines.
Au XIXᵉ siècle, des paysans de la région de Tver voient leurs champs ravagés par des vers.
Ils organisent une procession avec une copie de l’icône.
Une pluie exceptionnellement forte survient.
Les parasites sont entraînés hors du sol puis mangés par des oiseaux.
L’événement est interprété comme une nouvelle intervention de la Vierge.
Ici, un phénomène météorologique réel reçoit une interprétation religieuse directement liée au rituel accompli.
Une icône aujourd’hui disparue ?
L’histoire se termine par une énigme.
Le monastère fut fermé après la révolution russe.
L’icône semble avoir disparu pendant les bouleversements du XXᵉ siècle.
Un document de 1946 mentionne encore une procession à Arkhangelsk avec une icône identifiée comme l’image vénérée.
Après cela, son destin devient incertain.
Nous possédons donc l’histoire détaillée d’une icône dont nous ne pouvons plus suivre avec certitude la trace matérielle.
Miracle, tradition et multiplication des copies
Le dossier de l’icône géorgienne présente une difficulté particulièrement intéressante.
Il n’existe pas seulement une image et un miracle.
Les récits se multiplient autour de plusieurs copies :
guérison d’un aveugle et sourd ;
guérison d’un enfant ;
rêves ;
découverte d’une icône inconnue ;
guérisons pendant une épidémie ;
recouvrement de la vue ;
protection des récoltes.
Pour le croyant, cette répétition confirme l’intercession mariale.
Pour l’historien, elle montre surtout comment le prestige d’un prototype peut se transmettre à ses reproductions.
Note culturelle
L’icône géorgienne est représentée selon un type traditionnel de la Mère de Dieu avec l’Enfant.
Son histoire reflète également les liens complexes entre Géorgie, Perse et Russie au XVIIᵉ siècle.
Un objet religieux devient simultanément :
butin de guerre ;
marchandise ;
relique culturelle ;
image sacrée ;
objet de pèlerinage ;
et modèle reproduit à grande échelle.
Sa fête demeure fixée au 22 août dans le calendrier orthodoxe.
Sources
Orthodox Church in America, histoire complète de l’icône géorgienne de la Mère de Dieu.
OCA, textes liturgiques de sa fête du 22 août.
Calendrier orthodoxe du 22 août 2026.
Pour aller plus loin
Icône de la Conversation de la Mère de Dieu, la Vierge qui aurait parlé depuis une image oubliée
Deux icônes orthodoxes, deux images oubliées ou déplacées, et dans les deux cas des rêves, des paroles mystérieuses et des guérisons.
Knock, l’apparition silencieuse sous la pluie
Knock permet de comparer une vision collective sans parole avec une tradition où voix, rêves et images sacrées se répondent continuellement.
Notre-Dame de Grâces de Cotignac, le 10 août où la Vierge apparut sur une colline provençale
À Cotignac comme dans l’histoire de l’icône géorgienne, une parole attribuée à Marie entraîne une action très concrète dans le monde matériel.
Notre-Dame des Neiges, le matin où Rome se couvrit de blanc
Un autre cas où un signe visible devient la confirmation d’une expérience religieuse reçue auparavant en rêve.
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La multiplication des miracles autour des copies renforce-t-elle la tradition de l’icône géorgienne, ou rend-elle au contraire plus difficile l’identification d’un événement historique initial ?
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