Sainte Irène de Chrysobalanton, l’abbesse que les cyprès saluaient pendant sa prière
Lévitation, prophéties, exorcismes et pommes venues du paradis entourent l’une des mystiques les plus étonnantes de Byzance
Résumé en latin ecclésiastique
Sancta Irene Chrysovalantina, virgo et abbatissa, regnum terrenum recusavit ut Christo soli serviret. In oratione elevata, futura cognovit, daemones expulit atque tres poma paradisiaca a sancto Ioanne Apostolo accepit.
Une fiancée destinée à l’empereur
Irène naquit au IXᵉ siècle dans une riche famille de Cappadoce.
Elle grandit dans un milieu aristocratique et reçut une éducation digne de son rang.
Après la restauration du culte des images, l’impératrice Théodora chercha une épouse pour son fils Michel III.
Des messagers parcoururent l’Empire afin de sélectionner de jeunes femmes nobles, belles et vertueuses.
Irène fut choisie parmi les candidates.
Elle accepta de se rendre à Constantinople pour rencontrer la cour.
Durant le voyage, elle demanda à s’arrêter auprès de saint Joannice, ascète du mont Olympe de Bithynie.
Celui-ci aurait prévu son arrivée.
Il lui annonça qu’elle n’était pas destinée au palais impérial, mais au monastère de Chrysobalanton.
Lorsqu’Irène atteignit Constantinople, l’empereur avait déjà choisi une autre épouse.
La jeune femme ne chercha pas un autre mariage.
Elle distribua une partie de ses richesses et entra au monastère indiqué par Joannice.
Elle s’y distingua par son ascèse, ses jeûnes et ses longues veilles.
À la mort de l’abbesse, la communauté choisit Irène pour lui succéder.
Elle aurait reçu le don de lire les pensées et de discerner les fautes cachées.
Des femmes venaient lui demander conseil, guérison ou délivrance.
La tradition lui attribue plusieurs exorcismes.
Elle aurait également connu à distance des événements survenus dans l’Empire.
Une nuit, une religieuse la surprit en prière dans la cour.
Irène se tenait élevée au-dessus du sol, tandis que deux cyprès s’inclinaient profondément devant elle.
Lorsque la prière prit fin, les arbres reprirent leur position.
La religieuse attacha des foulards à leurs branches afin de vérifier qu’elle n’avait pas rêvé.
Irène lui demanda ensuite de ne pas divulguer le prodige de son vivant.
Un autre récit affirme qu’elle apparut en songe à l’empereur pour défendre un homme injustement accusé de complot.
L’empereur reconnut la femme de sa vision lorsqu’on lui présenta la description de l’abbesse.
Le prisonnier fut libéré.
Les trois pommes de saint Jean
Le prodige le plus célèbre de sa vie concerne trois pommes parfumées.
Un marin aurait rencontré sur une île un vieillard mystérieux.
Celui-ci lui remit trois fruits destinés à l’abbesse de Chrysobalanton.
Il se présenta comme Jean, le disciple bien-aimé du Christ.
Les pommes auraient conservé une fraîcheur et une odeur extraordinaires.
Irène partagea la première avec les religieuses.
Elle envoya la seconde au patriarche de Constantinople.
Elle conserva la troisième pour préparer sa mort.
Durant sa dernière semaine, elle ne prit qu’un peu d’eau et de minuscules fragments de cette pomme.
Une forte odeur de parfum aurait alors rempli le monastère.
Cette tradition explique pourquoi certaines paroisses orthodoxes bénissent encore des pommes le 28 juillet.
Une mort annoncée par les anges
Irène aurait connu à l’avance la date de sa mort.
Un ange lui annonça qu’elle quitterait ce monde le lendemain de la fête de saint Pantaléon.
Elle convoqua ses religieuses, leur donna ses dernières recommandations et désigna sa remplaçante.
La tradition affirme qu’elle sourit en voyant les anges venus recevoir son âme.
Elle mourut le 28 juillet, âgée selon son hagiographie de plus de cent ans.
Son visage aurait retrouvé l’apparence d’une jeune femme.
De nombreux miracles furent ensuite attribués à son tombeau et à ses icônes.
Mystique ou légende monastique ?
La vie d’Irène nous est connue principalement par une tradition hagiographique.
Les éléments généraux, son origine cappadocienne, sa vie monastique et son rôle d’abbesse, peuvent correspondre à un personnage historique.
Les lévitations, les arbres inclinés, les apparitions et les pommes paradisiaques appartiennent au registre du merveilleux religieux.
Ils expriment plusieurs convictions spirituelles :
la prière rétablit l’harmonie entre l’homme et la création ;
le discernement permet de dévoiler les injustices cachées ;
la sainteté véritable refuse la gloire terrestre ;
le paradis n’est pas seulement attendu après la mort, il laisse déjà percevoir son parfum.
Note culturelle
Le nom Chrysobalanton signifie approximativement « bourse d’or » ou « portefeuille d’or ».
Le monastère se trouvait près de Constantinople.
Sainte Irène reste particulièrement vénérée dans le monde grec.
Ses icônes la représentent souvent tenant trois pommes.
Ces fruits sont distribués ou bénis dans plusieurs églises placées sous son patronage.
Ils ne doivent pas être considérés comme des objets magiques, mais comme des signes de prière et de confiance dans son intercession.
Sources
Orthodox Church in America, vie de sainte Irène de Chrysobalanton.
Monastère patriarcal Sainte-Irène, traditions relatives à ses miracles.
Diocèse orthodoxe carpatho-russe, présentation de la sainte, de la lévitation et des pommes.
OrthodoxWiki, synthèse de ses traditions hagiographiques.
Pour aller plus loin
Saint Sisoès le Grand, le moine qui parlait aux anges dans le désert
Sisoès appartient, comme Irène, à la grande tradition orientale des ascètes entourés de visions angéliques et de récits de discernement surnaturel.
Muse de Rome, l’enfant qui voyait avant de mourir
Les visions de Muse, rapportées par Grégoire le Grand, offrent un parallèle plus intime aux annonces de mort et aux apparitions célestes présentes dans la vie d’Irène.
Saint Dios, le solitaire dont les prières faisaient reculer les démons
Dios fut lui aussi un thaumaturge oriental auquel la tradition attribue guérisons, résurrections et victoire sur les puissances démoniaques.
Agabus, le prophète qui sentait venir les secousses du monde
Le don prophétique d’Agabus permet de prolonger le thème de la connaissance à distance et de l’annonce d’événements futurs attribuées à Irène.
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