Marguerite Bays La couturière stigmatisée de Suisse
La Passion cousue dans le silence
Évangile proposé
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »
Matthieu 16, 24
Article
Marguerite Bays naît le 8 septembre 1815 à La Pierraz, dans le canton suisse de Fribourg. Elle ne vient pas d’un palais, d’un monastère célèbre ou d’une grande famille théologique. Elle vient d’un village, d’une maison paysanne, d’un monde de travail, de couture, de prière simple et de fidélité quotidienne. À quinze ans, elle commence son apprentissage de couturière, métier qu’elle exercera toute sa vie.
C’est déjà une première leçon. Marguerite ne devient pas sainte en quittant tout pour accomplir un destin spectaculaire. Elle reste là. Elle coud, elle prie, elle sert, elle visite les malades, elle aide les pauvres, elle catéchise les enfants. Elle appartient à cette race discrète de saints qui n’ont pas besoin de monter sur une colonne comme Siméon le Stylite pour devenir vertigineux. Une chaise, une aiguille, un rosaire, et l’affaire commence.
Elle choisit le célibat, sans entrer au couvent. Elle devient tertiaire franciscaine, c’est-à-dire qu’elle vit l’esprit de saint François dans l’état laïc. Sa vocation est donc très précieuse : elle montre que la mystique n’est pas réservée aux monastères. Dieu peut travailler une âme dans une cuisine, un atelier, un chemin de village, un confessionnal de campagne, un tissu qu’on raccommode.
Sa vie est marquée par la prière, l’Eucharistie et une grande charité concrète. Elle ne fait pas de la piété une fumée vague, mais une manière de se donner. Elle s’occupe des enfants, soutient les pauvres, accompagne ceux qui souffrent. Le merveilleux, chez elle, n’efface jamais l’ordinaire. Il le transfigure.
Puis vient l’épreuve de la maladie. Marguerite est atteinte d’un cancer intestinal. Le 8 décembre 1854, jour où Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception, elle aurait été miraculeusement guérie. À partir de ce moment, sa vie prend une dimension plus mystérieuse encore : elle porte les stigmates de la Passion du Christ. Plusieurs notices soulignent ce lien entre sa guérison et l’apparition des stigmates.
Là, nous ne sommes plus seulement dans la belle sainteté villageoise. Nous entrons dans ce domaine redoutable où le corps du saint devient comme une icône vivante. Les stigmates ne sont pas un accessoire dramatique pour brochure pieuse. Ils sont une participation à la Passion. Le corps de Marguerite devient le lieu d’un mystère : la souffrance du Christ semble s’imprimer en elle.
Pendant de longues années, elle aurait porté ces marques dans la discrétion. Certaines sources évoquent dix-neuf années de stigmates, jusqu’à sa mort en 1879. Elle aurait cherché à les cacher, ce qui est un point essentiel : les vrais mystiques n’ont généralement pas envie de devenir une attraction locale, même si la piété populaire a parfois le goût des files d’attente.
Ce qui touche chez Marguerite Bays, c’est le contraste. D’un côté, une femme simple, couturière, vivant dans un village suisse. De l’autre, une expérience mystique intense, corporelle, presque impossible à réduire à de la psychologie ordinaire. Son existence dit que le Christ peut rejoindre une âme dans la vie la plus humble, puis y graver son mystère.
Elle meurt le 27 juin 1879, jour de la fête du Sacré-Cœur cette année-là, souvent mentionné comme un vendredi à trois heures de l’après-midi. Même sa mort semble entrer dans la grammaire de la Passion : le vendredi, l’heure du Christ en croix, le cœur livré. Il faut éviter d’en faire trop, mais reconnaissons que la Providence a parfois le sens de la mise en scène liturgique.
Marguerite Bays est béatifiée par Jean-Paul II en 1995, puis canonisée par le pape François le 13 octobre 2019. Lors de la canonisation, François insiste sur sa simplicité : une couturière qui parle de prière simple, de patience durable et de don silencieux. C’est exactement cela : une sainteté sans costume d’apparat, mais avec une profondeur qui traverse le tissu des jours.
Pour ton blog, Marguerite Bays est une figure excellente parce qu’elle unit trois forces : la vie laïque, la mystique corporelle et la Passion du Christ. Elle n’est pas une sainte de légende incertaine. Elle est proche de nous dans le temps, documentée, canonisée récemment, et pourtant entourée d’un mystère très fort.
Son “paranormal” n’est pas bruyant. Il est cousu dans le quotidien. Elle ne traverse pas les murs, elle traverse les douleurs. Elle ne fait pas apparaître des armées célestes au-dessus des Alpes, elle laisse la Passion du Christ apparaître dans sa chair. Ce n’est peut-être pas spectaculaire à la manière d’un roman gothique, mais spirituellement, c’est vertigineux.
Marguerite Bays est la sainte des petites vies habitées par un grand feu. La couturière qui raccommode les vêtements et laisse Dieu raccommoder les âmes. La femme discrète dont le corps devient, sans qu’elle le cherche, une page ouverte de l’Évangile.
Une aiguille, un fil, une croix. Et tout le ciel qui passe par le chas.
Note culturelle
Marguerite Bays appartient à la Suisse catholique francophone du XIXe siècle, dans le canton de Fribourg. Son profil est très populaire : elle n’est ni religieuse cloîtrée, ni fondatrice spectaculaire, ni grande intellectuelle. Elle est laïque, couturière, tertiaire franciscaine, femme de village.
C’est précisément ce qui fait sa force culturelle. Elle rappelle que la sainteté catholique suisse ne se limite pas aux abbayes ou aux grands théologiens. Elle peut surgir dans une maison paysanne, dans un atelier de couture, dans une vie très ordinaire. Sa canonisation en 2019 a d’ailleurs été vécue en Suisse comme la reconnaissance d’une sainteté proche, simple et enracinée.
Points importants
- Marguerite Bays est née le 8 septembre 1815 à La Pierraz, en Suisse.
- Elle fut couturière toute sa vie.
- Elle choisit le célibat sans entrer au couvent.
- Elle devint membre du Tiers-Ordre franciscain.
- Elle fut connue pour sa charité, sa prière et son aide aux pauvres.
- Elle aurait été guérie d’un cancer intestinal le 8 décembre 1854.
- Elle porta les stigmates de la Passion pendant de longues années.
- Elle mourut le 27 juin 1879.
- Elle fut béatifiée par Jean-Paul II en 1995.
- Elle fut canonisée par le pape François le 13 octobre 2019.
Sources
Vatican News
Saint-Siège, canonisation du 13 octobre 2019
Site officiel Sainte Marguerite Bays
Swissinfo
Catholic Herald / Catholic News Service
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