Saint Célestin V: Le pape qui préféra la grotte au trône
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Saint Célestin V: Le pape qui préféra la grotte au trône
Évangile
« Que sert à l’homme de gagner le monde, s’il vient à perdre son âme ? »
— Marc 8, 36
Le vieil ermite que Rome arracha à sa montagne
Avant d’être le pape Célestin V, il y eut Pietro del Morrone.
Un homme des montagnes.
Un ermite maigre vivant dans des grottes des Abruzzes, dormant peu, mangeant presque rien, priant énormément. Une de ces figures du Moyen Âge qui semblent déjà appartenir à un autre monde. Tandis que les princes intriguent, que les évêques négocient et que les royaumes s’agitent, lui cherche seulement Dieu dans le silence.
Et justement : c’est souvent là que commence le problème.
Car plus un homme fuit le pouvoir, plus certains veulent parfois le lui confier.
À la fin du XIIIe siècle, l’Église traverse une crise grave. Après la mort du pape Nicolas IV, les cardinaux sont incapables d’élire un successeur pendant plus de deux ans. Rome s’enlise dans les rivalités politiques, les clans et les blocages.
Alors surgit une idée presque désespérée : élire le saint ermite.
On vient chercher Pietro dans sa montagne.
L’image paraît irréelle : des prélats traversant les chemins rocailleux pour trouver un vieillard vivant dans une cellule de pierre. Selon les récits, il aurait pleuré en apprenant son élection. Non par humilité théâtrale, mais parce qu’il comprenait réellement ce qui allait arriver : le désert allait être remplacé par le palais.
En 1294, l’ermite devient pape sous le nom de Célestin V.
Et très vite, le choc apparaît.
L’homme de prière découvre la machine politique de l’Église médiévale : intrigues, ambitions, diplomatie, pressions royales, luttes de pouvoir. Lui qui savait parler à Dieu peine à gouverner les hommes. Il reste mystique dans un monde administratif.
Alors survient l’un des événements les plus étonnants de l’histoire de la papauté.
Il abdique.
Un pape qui renonce volontairement au trône de saint Pierre au Moyen Âge : le geste paraît presque incompréhensible. Certains y voient faiblesse. D’autres immense lucidité. Peut-être les deux.
Ce qui fascine surtout, c’est la logique spirituelle derrière son choix : Célestin V semble avoir compris qu’il risquait de perdre son âme dans le gouvernement du monde.
Il choisit donc de retourner à la solitude.
À la montagne.
Au silence.
Comme si la grotte lui paraissait plus proche du Royaume de Dieu que les palais pontificaux.
Mais le monde ne laisse jamais partir totalement ceux qu’il a placés au sommet. Son successeur, Boniface VIII, craignant qu’on utilise l’ancien pape contre lui, le fait surveiller puis enfermer. Le vieil ermite finit ses jours captif dans une forteresse.
Même redevenu pauvre, il demeurait dangereux.
Parce qu’un homme qui refuse le pouvoir rappelle silencieusement à tous les autres ce qu’ils aiment trop.
Dante et “le grand refus”
La figure de Célestin V a profondément marqué le Moyen Âge. Dante Alighieri fait probablement référence à lui dans la Divine Comédie lorsqu’il évoque :
« celui qui fit par lâcheté le grand refus. »
Depuis des siècles, les débats continuent : Dante condamnait-il son abdication comme une faiblesse ayant ouvert la voie aux ambitions de Boniface VIII ? Ou voyait-il un drame spirituel plus complexe ?
Car le paradoxe demeure fascinant : l’homme était peut-être saint… mais pas fait pour gouverner.
Points importants (English)
- Célestin V was originally a hermit living in the mountains.
- He was elected pope during a major Church crisis in 1294.
- Deeply uncomfortable with power and politics, he abdicated after a few months.
- His life symbolizes the tension between contemplation and authority.
- Dante Alighieri likely referenced him in the Divine Comedy.
Note culturelle
La figure de Célestin V a souvent été comparée à une sorte d’“anti-pape de puissance” : un homme dont la grandeur réside précisément dans le refus du pouvoir.
Son abdication fut longtemps exceptionnelle dans l’histoire pontificale jusqu’à celle de Benoît XVI en 2013, ce qui raviva l’intérêt pour ce pape ermite du XIIIe siècle.
Dans l’imaginaire chrétien, Célestin V demeure lié aux montagnes, aux grottes et au désert intérieur — presque comme un moine oriental perdu dans l’Occident médiéval.
Sources
- Chroniques médiévales italiennes
- La Divine Comédie de Dante
- Vatican / biographies pontificales
- Études sur les abdications pontificales médiévales
- Traditions monastiques des Abruzzes
Bibliographie
- La Divine Comédie
- Célestin V
- Histoire des papes
- Le nom de la rose
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